L’art et l’entreprise : Interview de Gérard Dejardin

Établis à Jupille-sur-Meuse, depuis 1932, les Ateliers Melens & Dejardin sont devenus une entreprise familiale dans les années 70. Initialement active dans la production de pièces de chaudronnerie et de construction métallique pour l’industrie, son champ d’activité s’est peu à peu élargi vers la fabrication d’œuvres d’art et d’architecture monumentales.
Devenu membre de Prométhéa, en 2015, et Président du Collectif Co-legia de Prométhéa, en 2018, Gérard Dejardin, Administrateur Gérant des Ateliers Melens & Dejardin, revienstavec nous sur ce parcours original.
Depuis plusieurs années, votre entreprise collabore de façon régulière avec des artistes pour la production et l’installation d’œuvres monumentales. Qu’est-ce qui vous y a conduit?
Mon père et moi avons toujours eu un goût et de l’intérêt pour l’art. Je me souviens qu’on a toujours côtoyé des artistes, de près ou de loin. Cet attrait s’est intégré à la philosophie des Ateliers, en 1994, date à laquelle nous avons collaboré pour la première fois avec un artiste ; Mady Andrien nous avait contactés pour l’aider sur une sculpture en acier. De fil en aiguille, le phénomène s’est amplifié et élargi à des pièces spécifiques pour l’architecture.
Comme je le disais, avant 1994, nous ne faisions que des pièces destinées à l’industrie, aujourd’hui, cela ne représente plus qu’un quart de notre production. Dans les faits, le basculement est plutôt dû à l’évolution de l’économie du secteur industriel.

 


©GERARD DEJARDIN, Installation: Arne Quinze, "Scarlette", Washington DC.

 

Parmi les grands artistes avec lesquels vous avez travaillé, on peut notamment citer Bernar Venet, Arne Quinze ou encore Fred Eerdekens. En tant que chef d’entreprise, que retirez-vous de ces expériences ?
Je me suis, tout d’abord, étonné de trouver, face à moi, un autre chef d’entreprise ! À tort, on peut penser que le « flou artistique » prendra le dessus, mais je me suis confronté à des meneurs possédant une véritable vision de ce qu’ils peuvent amener dans une ville.
Quand Arne Quinze nous contacte pour une œuvre (ndlr : Les Ateliers Melens & Dejardin ont déjà réalisé une dizaine d’œuvres monumentales pour l’artiste, en Belgique et à l’étranger, depuis 2010), les dessins, le concept,… tout est déjà prévu. C’est à nous de rendre ce projet possible en y apportant notre expertise. C’est à ce niveau que se trouve le challenge : la production de pièces d’art dans une dimension à laquelle les artistes ne sont pas forcément habitués et dont les attentes diffèrent de l’un à l’autre. Lorsque je travaille avec eux, je me dis que tout est possible.


Comment ces collaborations sont-elles perçues par vos équipes ? Pensez-vous que cela soit un moteur de cohésion et de fierté d’appartenance au sein de l’entreprise?

C’est évidemment une motivation et, je pense que c’est ce qui rend notre entreprise un peu exceptionnelle dans notre secteur. Participer à ces projets contribue à notre expertise, au vu des différents défis auxquels nous sommes confrontés avec ces collaborations.
Au sein de mon équipe, je ressens une vraie fierté de contribuer à l’art dans ville. Le résultat, pour nos ateliers, c’est qu’on est unique.

 

©GERARD DEJARDIN, Installation, Bernar Venet: sculpture en acier-corten, Versailles.

  

Monsieur Dejardin, cette année vous prenez la présidence du Collectif d’Entreprise Mécènes Co-legia de Prométhéa qui récompense les initiatives culturelles et innovantes dans le Grand Liège. Comment résumeriez-vous les enjeux et apports du Mécénat Collectif pour une entreprise ?

Personnellement, les raisons n’étaient pas forcément évidentes, au départ. C’est un membre de Prométhéa qui m’avait d’abord invité à une réunion du jury de Co-legia. Rejoindre le Collectif c’était comme une intuition. Après quatre ans, je peux le dire, je ne me suis pas trompé !
Contribuer à amener l’art et la créativité est dans la droite ligne de l’esprit des Ateliers Melens et Dejardin. Quelque part, ça me permet d’acquérir des expériences, d’exercer mon métier en-dehors de mes responsabilités habituelles. C’est un peu « penser en tant que chef d’entreprise » en dehors du « métier de chef d’entreprise ». C’est un bol d’air frais dans notre quotidien de professionnel.
D’ailleurs, je participe régulièrement aux Speed Coachings organisés par Prométhéa. Je vois cette activité un peu comme la continuité de mon implication dans le Collectif liégeois : on rencontre quatre porteurs de projets, pendant 30 minutes chacun, et on les aide avec nos compétences afin de les rapprocher un peu plus de la concrétisation de leur projet.