John Cockerill et l'Arc Majeur de Bernar Venet

Quatre questions à Véronique Sorlet, Porte-Parole de la Fondation John Cockerill

 

  ©Meta-Morphosis

 

Imaginé, il y a plus de 30 ans, par l’artiste Bernar Venet, l’Arc Majeur devait à l’origine prendre place en France. La construction de l’œuvre fut trois fois repoussée. C’est finalement suite à la rencontre entre Bernard Serin, Président Administrateur délégué de John Cockerill, et Bernar Venet que l’œuvre monumentale fut inaugurée, le 23 octobre 2019, sur l’E411 au niveau de Lavaux-Sainte-Anne.
La production et l’installation de l’Arc Majeur de Bernar Venet est un projet d’envergure pour l’intérêt général, prenant place en Wallonie. Quelles sont les origines de cette collaboration ?

L’idée de l’installation de l’Arc Majeur en Wallonie trouve son origine dans les années 90 lorsque Bernard Serin, aujourd’hui Président du Groupe John Cockerill, prend la tête d’une filiale d’Usinor et découvre que le centre de R&D de l’entreprise travaille sur les données techniques de l’Arc Majeur en France.

Durant les années qui ont suivi, les chemins de l’artiste et de l’entrepreneur industriel se sont croisés à de multiples reprises. De nombreuses collaborations en ont découlé, comme par exemple la réalisation et l’installation d’une des œuvres célèbres de l’artiste à Séoul (Corée du Sud). C’est en 2016 que l’idée de réaliser et d’installer l’Arc Majeur en Wallonie a été concrétisée lors de l’inauguration de deux autres œuvres de l’artiste (Arcs 241.5° x14) à Seraing.

 

Pour la réalisation et le financement du projet, ce sont 19 partenaires qui se sont réunis autour de la table, dont 18 entreprises. Comment fédère-t-on autant d’acteurs autour d’un tel projet ?

La réalisation de l’Arc Majeur était un projet ambitieux, complexe et innovant. Une équipe multidisciplinaire de près de 50 personnes s’est mise en place, réunissant des collaborateurs internes au Groupe John Cockerill ainsi que des partenaires et sous-traitants externes spécialisés.

L’idée était de faire don de cette œuvre à la Région wallonne, et donc à la collectivité, tout en mettant en valeur l’expertise, l’innovation et le savoir-faire wallon (ndlr l’œuvre a été entièrement réalisée par le Centre d’Expertise Soudage (CES) du Groupe John Cockerill basé à Seraing).

Ce sont ces valeurs qui ont permis de fédérer autour du projet autant d’acteurs issus des mondes économique, institutionnel et artistique.

 


 

©Henri Deroche

L’œuvre, de sa conception à son installation, est évaluée à 3 millions d’euros. Quels furent les différents types de mécénats qui ont permis le succès de cette entreprise ?

3 millions d’euros c’est beaucoup et peu à la fois pour ce type de projet. On parle quand même d’une œuvre de 250 tonnes d’acier corten dont les dimensions donnent le vertige : 60 m de haut, 75 m d’amplitude, … le tout en bordure d’autoroute !
Le Groupe John Cockerill avait décidé de supporter seul le coût de la fabrication et de l’installation de l’œuvre. Mais pour donner un rayonnement maximal à la plus haute œuvre en acier corten au monde, il fallait réunir des partenaires. Ceux-ci ont permis de déployer un site web, vitrine virtuelle de l’Arc (www.arcmajeur.com) ainsi que des outils numériques, un livre (à paraître décembre 2019), …

On se retrouve donc avec une opération de mécénat collective : mécénat financier mais aussi de compétences et d’expertise. Pour exemple, le Bureau d’Etudes Greisch n’a pas compté ses heures... Tout comme les 12.000 heures de fabrication nécessaires au CES pour assembler les différents caissons composant l’Arc Majeur.

 

Le Groupe John Cockerill est connu pour être soucieux de la mise en valeur du patrimoine sidérurgique liégeois. L’installation de l’œuvre au niveau de Lavaux-Sainte-Anne est-elle une décision découlant de cette logique ?

L’histoire, la culture et le patrimoine au sens large sont des domaines privilégiés d’intervention pour l’entreprise. La Fondation John Cockerill structure et porte au quotidien cette politique de mécénat.

Pour l’Arc Majeur, le choix de Lavaux-Sainte-Anne a été fait par Bernar Venet lui-même. Ce lieu, la borne kilométrique 99 de l’E411 (Belgique), réunissait tous les critères de l’artiste : pas de luminaire public, un point de vue évolutif, …

L’Arc Majeur n’est pas un symbole du patrimoine sidérurgique. Il n’a de point commun avec la sidérurgie que l’acier qui le compose. L’Arc Majeur est un cadeau du Groupe John Cockerill. L’entreprise souhaitait, dans la prolongation de son bicentenaire fêté en 2017, remercier cette région dans ses dimensions politique, institutionnelle, économique, académique, citoyenne, qui lui a permis, durant deux siècles, de se développer, de pérenniser et de diversifier son activité tout en maintenant le quartier général décisionnaire du Groupe en Belgique.

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