LA BANQUE TRIODOS, MÉCÉNAT & RSE


Comment intégrer le mécénat à sa Responsabilité Sociétale d'Entreprise, aujourd'hui? Rencontre avec Béatrice Gilmont, Senior Relationship Manager à la Banque Triodos, qui nous partage l'expérience de cette grande entreprise.

Tout d’abord, pourriez-vous nous dire quelques mots sur ce que représente la Responsabilité Sociétale au sein d’une grande entreprise, comme La Banque Triodos ? Quels sont les axes que vous avez décidé de soutenir ?

La mission de la banque consiste à financer exclusivement des entreprises, des institutions et des projets ayant une réelle valeur ajoutée dans les domaines social, environnemental et culturel, grâce aux capitaux que lui fournissent des épargnants et des investisseurs soucieux de durabilité. L’argent est donc systématiquement injecté dans des projets concrets, des actions tangibles avec lesquelles l’épargnant peut tisser des liens. Notre approche de durabilité intégrale requiert en permanence des personnes et des moyens et ceci, dans l’ensemble de l’organisation.

Le fondement de l’engagement sociétal de la Banque Triodos est formulé dans l'article 2.2. des statuts de la banque : “À travers l’exercice de l’activité bancaire, la société vise à contribuer à une rénovation sociale en se basant sur le fait que les êtres humains doivent pouvoir se développer en toute liberté, qu’ils ont les mêmes droits et qu’ils sont responsables des conséquences de leur activité économique sur leurs prochains et sur la Terre. Dans le sens le plus large.”


Depuis plusieurs années, Triodos est membre de Prométhéa et participe également au Collectif d’Entreprises Mécènes aKCess, qui récompense des initiatives de médiation culturelles exemplaires. Considérez-vous le Mécénat d’Entreprise comme partie intégrante de la RSE d’une entreprise ?

L’argent a la force de changement dépendant de l’orientation qu’on lui donne, des choix qu’on fait. Nous considérons trois types d’argent : celui qu’on dépense à des achats, celui qu’on met de côté pour épargner et celui dont on fait don. Chaque fois, les choix opérés déterminent le changement : plus vert, plus juste, plus humain… Ou pas. L'argent a toujours un impact sur la société. Nous pensons qu'il est important que des initiatives innovantes puissent faire appel à des dons, des initiatives précieuses, mais qui ne se traduisent pas toujours par un gain financier.


La mesure de l’impact d’une politique de RSE est-elle devenue indispensable ? Mesurez-vous la perception de celle-ci auprès de vos équipes ?

Nous tentons de générer autant d’impact positif que possible en ne finançant et en n’investissant que dans des entreprises durables ou en transition vers un mode de fonctionnement durable. L’impact que nous générons, nous tentons d’abord de le montrer à travers des preuves qualitatives et, ensuite, de les étayer de manière chiffrée lorsque cela est pertinent. En termes qualitatifs, nous montrons par exemple notre contribution aux Objectifs de développement durable ; en matière d'impact chiffré, nous (co)développons une méthodologie pour mesurer l’impact de nos crédits et investissements en termes de décarbonisation de l’économie. La mesure de l’impact et le reporting transparent à son propos sont des conditions importantes de changement : ils constituent un outil d’information vis-à-vis de toutes les parties prenantes de la banque et induisent l’étape suivante qui est de définir des objectifs d’agrandir l’impact positif.

Vous intervenez de façon très régulière à nos Ateliers-Conseils et à nos Speed Coaching. Quel est le message que vous aimez le plus partager avec les acteurs de la Culture et du Patrimoine qui assistent aux formations de Prométhéa ?

Je participe avec plaisir aux Speed Coaching et Ateliers-Conseils organisés par Prométhéa, car ce sont toujours des rencontres enrichissantes. Certains sont déjà des professionnels avec des projets avancés et en recherche d’informations précises et d’autres démarrent et sont en recherche d’informations plus générales.

Par mon métier de Relationship manager au sein de la Banque Triodos, je suis amenée à accompagner les clients pour leurs demandes crédits dans le secteur de l’économie sociale et le secteur culturel. Mon cheval de bataille pour ce secteur est de leur montrer et de leur faire comprendre l’importance de la diversité et de la multitude des sources de financement pour mener à bien un projet culturel.

L’intérêt est multiple et les avantages sont les suivants : multiplier les partenaires, avoir des sources de financement de différentes formes – apports propres, capital, crédits, subsides et dons sont les principales. Les nouvelles formes de financement comme le crowdfunding ont aussi un intérêt certain surtout pour de nouveaux projets en leur apportant une communauté de soutien et un bien-fondé auprès des financeurs.

Les apporteurs de fonds amènent aussi leurs regards propres et critiques sur le projet. Leurs questions, attentes et demandes sont différentes suivant leur nature (banquier, pouvoir subsidiant, mécène…). Cela pousse donc le porteur de projet à revoir son dossier sous d’autres angles et par là même à le renforcer. Parallèlement, cela renforce la position de chaque financeur qui se sent rassuré de voir d’autres partenaires « monter dans le bateau ».

Finalement, je dirais que la dépendance à une source de financement spécifique doit être évitée. La diversification permet de ne pas être soumis à la politique d’un financeur unique ou majoritaire.

En résumé, il est aujourd’hui plus que jamais important que les porteurs de projet deviennent des entrepreneurs culturels afin de pérenniser leurs activités et d’apporter ainsi la plus-value essentielle de la culture et du patrimoine à la société.