Jean Eylenbosch, Vice-Président de Coca-Cola European Partners, devient le nouveau Président du Conseil d’Administration des Festivals de Wallonie

Créée en 1971, d’une volonté commune des autorités publiques et des principaux « grands » festivals wallons de se rassembler au sein d’une entité unique, Les Festivals de Wallonie organisent chaque année de juin à octobre plus ou moins 120 concerts et activités sur l’ensemble du territoire de la Wallonie et à Bruxelles (Flagey), réunissant un public de plus de 36.000 spectateurs. 
Monsieur Jean Eylenbosch, nouveau Président du CA, et Madame Isabelle Bodson, Directrice, répondent à quelques-unes de nos questions sur la collaboration entre acteurs publics et privés, autour d'un projet culturel.

Trois questions à Jean Eylenbosch

 

Depuis mars 2019, vous avez pris la Présidence du Conseil d’Administration des Festivals de Wallonie. Pourquoi avez-vous relevé ce beau défi ?

Je pourrais me contenter de dire en guise de boutade que ma réponse est déjà exprimée dans votre question: j’ai relevé le défi car il est tout simplement beau !

Plus sérieusement trois éléments ont essentiellement guidés ma décision. Le premier est qu’on me l’a proposé et que c’est pour moi un honneur de marcher dans les pas d’illustres prédécesseurs, tels que le Gouverneur de la Province de Namur, Denis Mathen.
Le second est lié à l’assurance de pouvoir travailler en équipe, étant entouré d’Emily Hoyos à la Vice-Présidence, d’André Foulon à la trésorerie et d’Isabelle Bodson ainsi que de l’ensemble des équipes des Festivals de Wallonie dont ils sont les véritables chevilles ouvrières au quotidien.
Enfin, le troisième est tout simplement lié à l’amour que je nourris depuis ma plus tendre enfance aux joies de la découverte d’univers musicaux allant de l’opéra, à la musique classique en passant par le jazz ou le chant chorale. C’est un monde de rencontre enthousiasmant entre artistes, virtuoses, artisans, et mélomanes sur fond d’émotions.

 

Votre Conseil d’Administration est un exemple de partenariat entre acteurs du secteur Public et Privé. Quels sont les enjeux et bénéfices d’une telle collaboration autour d’un projet culturel ?

Qu’on le veuille ou non, tout opérateur culturel sait que l’argent est le nerf de la guerre. Confronté à la réalité du terrain, force est de constater qu’il est impossible de porter un projet d’utilité publique tel que celui des Festivals de Wallonie uniquement sur fonds propres ou à l’aide des fonds publics actuellement alloués. Certes ces derniers sont précieux même s’ils paraissent souvent dérisoires face à l’ampleur de la tâche. Quoiqu’il en soit, il convient de s’atteler avec ambition à cette mission d’intérêt général en se donnant les moyens de notre ambition. Pour ce faire je ne vois rien d’autre que de recourir à notre devise nationale: « L’union fait la force ». J’ajouterais même qu’il s’agit d’une impérieuse nécessité si l’on veut pérenniser nos objectifs. Cela implique immanquablement la capacité de travailler de concert avec des partenaires structurants publics et privés.

 

Que retirez-vous, personnellement, d’une telle expérience ? Quelles sont vos attentes ?

La musique est une compagne du quotidien. Avec elle on n’est jamais seul. Elle contribue à créer du lien social et s’érige en rempart de la solitude. Elle est à la fois un vecteur de découvertes, de partages et d’émotions, le tout sur fond de rencontres entre les artistes et leur public et ceci au détour de lieux souvent méconnus, voire même insolites. Je suis convaincu que la musique est pour chacune et chacun d’entre nous un facteur essentiel d’épanouissement. Elle peut incontestablement nous aider à tirer le meilleur de nous-même. Rendre celle-ci accessible au plus grand nombre que rêver de mieux ?


 

© Les Festivals de Wallonie, On Tour, Rockerill, 2019.


 

Les Festivals de Wallonie, 48 ans d'existence!

Rencontre avec Isabelle Bodson.

 

Les Festivals de Wallonie est une fédération active depuis 1971 et rassemble un total de sept festivals. Pourriez-vous nous en dire plus sur l’histoire et la mission de la fédération ?

L’asbl Festival de Wallonie est née en juin 1971 d’une volonté commune des autorités publiques et des principaux « grands » festivals wallons de se rassembler au sein d’une entité unique. Cette structure devait leur permettre de mutualiser les moyens humains, financiers ou en matière de communication et favoriser un rayonnement important des projets développés par chacun des festivals représentés au sein de la fédération. La plupart des festivals encore associés en 2019 existaient déjà dans le noyau de base il y a près de cinquante !

Au fil du temps, la visibilité et l’identité accordée au projet de fédération s’est malheureusement un peu dissoute.

La création du Festival Musiq3 Bruxelles et son intégration au sein de la fédération en 2011 a peut-être encore augmenté une certaine confusion qui pouvait exister dans l’esprit du public.

L’un des challenges que l’on m’a confiés à mon arrivée à la direction de l’institution en 2016 était celui de recréer du lien, de la cohérence, de la visibilité. Nous avons donc commencé par changer le nom de l’asbl et ajouté un simple « s » qui, d’après nous, fait la différence. Le Festival de Wallonie n’a jamais existé en tant que festival à part entière ! Les Festivals de Wallonie s’affirment depuis mars 2017 comme un projet de fédération de sept festivals différents… et non plus quelque part comme une huitième entité…

Les missions qui nous sont confiées concernent essentiellement la diffusion et la sensibilisation du public à la musique classique. La programmation des sept festivals couvre des styles, genres et époque très différents, du Moyen-Âge à la musique d’aujourd’hui, de la musique de chambre aux formes symphoniques, avec quelques incursions dans d’autres musiques (le jazz, la world music, la pop) et arts (certains concerts font appel à la danse, aux arts visuels,…).

Le récent contrat-programme signé en 2018 avec le Ministère de la Culture nous a de plus confié un rôle en matière de (co)production de concerts et spectacles de théâtre musical. Cela signifie que nous avons la possibilité d’engager des artistes, musiciens, compositeurs, metteurs en scène, scénographes, et de leur offrir la possibilité de créer de nouvelles œuvres.

Cette nouvelle mission nous permet de renforcer un axe de travail fondamental pour nous : le soutien aux jeunes musiciens et créateurs.

Enfin, nous sommes très attachés au rôle que nous avons à jouer en tant qu’opérateur culturel au sein de la société. Nous veillons donc en permanence à élargir et renouveler nos publics, à sortir de notre zone de confort et partir à la rencontre de « nouveaux » auditeurs, quels que soient leurs origines sociales ou géographiques, âges, formations, sensibilités musicales et artistiques… Différents projets sociaux enrichissent nos programmations. Le premier, Un fauteuil pour tous, concerne le public des personnes à mobilité réduite. Le second, Ticket solidaire, s’adresse à toute personne en situation momentanée ou prolongée d’isolement et de difficulté financière.

 

© Les Festivals de Wallonie, On Tour, Jehay, 2019.

 

Étudiante au Conservatoire, diplômée en Histoire de l’Art, Chargée de projet à l’Eden (Centre Culturel de Charleroi, Responsable de la programmation au Palais des Beaux-Arts de Charleroi… Vous avez, vous-même, eu un parcours enthousiasmant avant de prendre, en 2016, le poste de Directrice des Festivals de Wallonie ! Quels projets avez-vous envie de développer pour la fédération ? 

Les projets et initiatives mises en place depuis mon arrivée à la direction de l’institution visent tous l’élargissement des publics. La diversité de ma formation et de mon parcours professionnel m’ont offert de belles expériences en matière de formes pluri-disciplinaires, où la musique se mêle à d’autres genres artistiques. Il s’agit d’un axe que nous souhaiterions creuser au travers de nos productions dans les années à venir. Notre production 2019 à destination des familles, Fanny et Felix, mêle ainsi théâtre et musique pour offrir aux plus jeunes des 9 ans une magnifique porte d’entrée dans le milieu de la musique classique. Une autre création programmée à l’horizon de l’été 2020 devrait associer musique et chant baroque, avec théâtre d’ombres et vidéo. Une autre encore pourrait associer musique ancienne, danse et théâtre Nô. Ces différents projets permettent d’élargir le spectre du public et d’amener en douceur des spectateurs d’horizons différents au concert… La musique classique est encore en effet bien souvent génératrice d’angoisses ou de manifestations spontanées de rejet de la part de bon nombre d’auditeurs potentiels. Elle semble enfermée dans une inaccessible tour d’ivoire. Ensemble, avec les sept festivals associés, nous luttons de toutes nos forces contre cette image clivante et enfermée, repliée sur elle-même de la « grande » musique. Des initiatives comme Les Festivals de Wallonie en tournée, véritable opération de lancement des festivals d’été et d’automne qui a connu sa seconde édition en 2019 nous permet d’aller à la rencontre du public dans des zones géographiques parfois défavorisées en matière d’offre culturelle et musicale, installant nos pupitres et instruments dans des lieux inattendus, insolites qui ne sont pas vraiment des lieux habituels de concerts (Rockerill à Charleroi, souterrains de la Citadelle de Namur, ancienne laiterie près de Virton, Mundaneum à Mons, domiciles privés,…).

Un autre axe de développement envisagé est celui du soutien aux jeunes musiciens et créateurs. Notre région, notre pays déborde de talents qui peinent à se faire connaître. Notre rôle est également de les soutenir et de leur donner un petit coup de pouce au tout début de leur carrière, qu’ils soient interprètes, chefs, compositeurs,… Des projets tels que Supernova et MusMA, mais également les multiples collaborations établies avec l’IMEP, les Conservatoire de Bruxelles (autour de l’Orchestre du Festival Musiq3 ou du concours Premières scènes), de Mons ou de Liège,… témoignent de cette dynamique.

La médiation, l’accompagnement de l’auditeur dans son expérience du concert est un aspect que nous mettons également désormais tout particulièrement en avant, au travers d’activités de rencontres et d’échanges avec les musiciens, de séances explicatives des œuvres par des musicologues, d’ateliers de pratique musicale,… L’un de nos rêves les plus fous pour les années qui viennent demeure celui de pouvoir travailler de concert, main dans la main, avec le tissu scolaire, associatif et plus généralement avec le public dans la perspective de créer des œuvres participatives, au sein desquelles le spectateur devient acteur de sa propre découverte et expérience musicale. L’idée serait ici de créer une œuvre pour chœur et orchestre qui associerait amateurs jeunes et moins jeunes, et professionnels du milieu musical classique… qui pourrait être produite au sein des festivals et bénéficier d’une belle visibilité. Il s’agirait là d’une belle et grande fête pour les professionnels comme les participants amateurs !!

Enfin, nous sommes attentifs à notre implication au sein de la société d’aujourd’hui. A côté d’un projet d’inclusion lié au public des personnes à mobilité réduite (Un fauteuil pour tous), nous avons mis en place pour la première fois cette année, grâce au soutien plus particulier de certains de nos partenaires, une formule de Ticket solidaire, reposant sur un principe de générosité de notre public fidélisé et sur notre propre engagement en tant qu’opérateur culturel. Nos spectateurs ont désormais la possibilité d’effectuer un don du montant de leur choix au moment de la validation de leur commande de places sur notre système de billetterie en ligne. Pour chaque euro versé, les Festivals de Wallonie versent un euro complémentaire, de sorte de générer des tickets qui sont ensuite distribués via un large panel d’associations actives sur le terrain de l’accompagnement social.

Cette implication sociale est pour nous également essentielle.

 

Aujourd’hui, pensez-vous qu’il soit encore possible, pour un projet culturel, de se passer du soutien du secteur privé ? Y voyez-vous un apport positif pour les deux parties ?

Un projet comme celui des Festivals de Wallonie ne peut absolument plus se passer du soutien du secteur privé. Ayant longtemps travaillé, comme vous l’avez signalé plus haut, pour différentes structures bénéficiant d’apports très conséquents des pouvoirs publics, il s’agit d’une dimension dont je n’ai pris conscience qu’au moment de mon arrivée aux Festivals de Wallonie. Notre projet profite d’un soutien important des pouvoirs publics (Fédération Wallonie-Bruxelles, Région Wallonne,…). Mais, pour exemple, le montant inscrit au contrat-programme signé avec le Ministère de la Culture, bien que conséquent au regard de celui dont bénéficient d’autres opérateurs, ne constitue que 50% du budget global des Festivals de Wallonie. Cet apport demeure donc hélas largement insuffisant si nous souhaitons pouvoir continuer à développer nos activités dans les axes que j’ai décrits au point précédent. Nos projets d’accessibilité aux concerts pour tous les publics, mais également les initiatives de soutien aux jeunes musiciens et compositeurs dépendent en grande part d’un apport partagé entre les fonds publics et privés et ne pourraient sans doute perdurer si nos partenaires privés venaient à renoncer à nous accompagner. Nous nous plaçons dans une démarche constante de recherche de nouveaux partenaires. Je suis convaincue que le projet des Festivals de Wallonie a énormément à offrir à de possibles partenaires privés et pourrait en de nombreux points répondre à des objectifs et attentes qui leur seraient propres. Je n’envisage ce type de partenariat que dans une forme où chacune des parties sort gagnante et satisfaite de l’opération. Une vraie réflexion est en cours au sein de notre structure afin de pouvoir définir et entrer en contact avec des partenaires privés dont nous partageons les valeurs et enjeux. C’est un véritable challenge pour les années à venir. Il sera sans doute décisif de l’avenir du projet.