Trois questions à Raphaël Debruyn, Président des Amis de L’Hôpital Notre-Dame à la Rose de Lessines!

 

Fondé en 1242 par Alix de Rosoit, l’Hôpital Notre-Dame à la Rose est l’un des derniers ensembles complets et autarciques d’Hôtels-Dieu du Moyen Age. Situé à Lessines, l’Hôpital est un patrimoine d’exception de la Wallonie picarde. Classé depuis 1940 il est reconnu, depuis 1993, comme patrimoine exceptionnel de Wallonie.

Diplômé en biologie moléculaire, vous devenez Conservateur du musée, en 1997. En 1991, vous aviez fondé l’Asbl des Amis de l’Hôpital Notre-Dame à la Rose ! Les missions du musée ont-elles évolué depuis votre arrivée ?

Les missions ont énormément évolué depuis mon arrivée. Quand nous avons lancé le projet de manière professionnelle en 1997, nous avons commencé avec un puis trois puis quatre travailleurs. Nous étions sans doute davantage identifiés comme une attraction touristique que comme un musée. Une transition s’est donc progressivement opérée. Aujourd’hui, nous sommes un musée classé en catégorie A, la catégorie la plus élevée en Fédération Wallonie-Bruxelles.
Les missions classiques telles que la conservation, les études, la recherche, les publications, les expositions temporaires ont de facto également toutes évolué ; il faut y ajouter, et c’est pour moi l’évolution la plus spectaculaire, les missions de réseautage et de partenariat avec d’autres sites. Je pense au Réseau des Hôtels-Dieu et Apothicaireries au sein duquel nous avons concrétisé des partenariats très importants avec des acteurs majeurs comme Saint-Jean de Bruges, les Hospices de Beaune, Santa Maria de la Scala à Sienne… La structuration de ce réseau de partenaires européens est réellement un espace propice à la création de nouveaux projets.  


©Les Amis de l'Hôpital Notre-Dame à la Rose de Lessines


Il y a parfois eu aussi des missions qui, si on ne peut pas dire qu’elles sont contradictoires, sont des missions pour lesquelles il a parfois été difficile de réussir une belle complémentarité. Je veux parler ici de la manière de gérer, en Belgique ,le lien entre patrimoine, tourisme, culture et économie. Si nous étions en France, nous serions un musée qui ferait partie de la RMN (Réunion des Musées Nationaux) et nous serions un monument historique qui ferait partie du Centre des Monuments Nationaux (CMN). Cela nous assurerait des ordres de missions clairement définis. Aujourd’hui, en Wallonie, il n’existe ni RMN ni CMN ; les missions qu’on nous propose vont de la rentabilité d’une structure Horeca et d’une boutique sur le site jusqu’à des études de nos collections et de leur intérêt avec des institutions universitaires. Cela donne une idée du grand écart que nous sommes amenés à faire entre des missions d’ordre parfois purement économique (l’intérêt ou la valeur du patrimoine et des collections qui sont les nôtres) et des missions purement théoriques (ce qu’est notre patrimoine, ce que sont nos collections et la manière dont nous pouvons les étudier). Il n’y a aucun dialogue établi entre les différents pouvoirs subsidiants, ce qui rend l’identification et la lecture des missions extrêmement compliquée.
Aujourd’hui, l’équipe compte une vingtaine de travailleurs permanents, une vingtaine de personnes sous contrat ALE, une vingtaine de bénévoles défrayés. Parmi toutes les missions qui nous incombent, il y a aussi une mission au niveau humain qui consiste à faire tenir en place cette petite « cour des miracles » qui fait tourner le projet.

 

Depuis l’ouverture de l’Hôpital en tant que musée, dans les années 80, avez-vous constaté une évolution de votre construction budgétaire ? Si oui laquelle ?

L’évolution de notre construction budgétaire est immense ! Nous venons d’une structure de type association de fait qui fonctionnait avec un groupe de bénévoles et quelques milliers d’euros à un budget, aujourd’hui, de 1,4 à 1,5 million d’euros employant une vingtaine de professionnels et une quarantaine de personnes (ALE et bénévoles défrayés). Ce budget est constitué de subsides communaux (subside de fonctionnement) , des subsides de la FWB (subside de fonctionnement pour un musée de la catégorie A) et des subsides régionaux (aides à l’emploi : points APE). Ces subsides représentent 50 % environ du 1,5 million d’euros qui correspond à notre budget de fonctionnement annuel. Cela signifie qu’il a fallu passer de quelques dizaines de milliers de francs belges à 750.000 euros pour compléter le budget annuel. Nous sommes une structure qui assure à peu près par autofinancement la moitié de son fonctionnement grâce au ticketing, aux locations de salle, aux ventes de la boutique, au chiffre d’affaires de l’Horeca, à des aides ponctuelles de mécénat ou de sponsoring et aux cotisations des Amis du Musée. Trouver chaque année ces 750.000 euros de fonds propres pour permettre le fonctionnement global de l’institution est donc un construction budgétaire fragile.

©Les Amis de l'Hôpital Notre-Dame à la Rose de Lessines

 

Vous avez notamment fait appel au mécénat d’Entreprise pour le projet « La Rose des Gueux », une bande dessinée qui raconte et illustre la vie de l’Hôpital au XVIe siècle et réalisée en collaboration avec le scénariste et illustrateur bruxellois Etienne Schréder. Quels ont été les challenges liés à cette démarche ?

L’idée de la bande dessinée me tenait à cœur car c’était une manière de parler de l’Hôpital et de son histoire autrement que par des publications scientifiques classiques. La bd c’est comme un roman. Cela permettait de mettre le monument, son histoire et les personnes qui y ont vécu « en vie ». Cette idée est au cœur de notre scénographie, des animations que nous proposons au musée et de notre relation avec les visiteurs.
C’était aussi une manière d’entrer en contact avec un public différent : le public scolaire et le public des jeunes adultes.
Le premier challenge fut de présenter une histoire crédible qui aurait pu se passer au sein de l’Hôpital et qui pouvait être l’occasion de faire passer une série de messages sur la façon dont l’Hôpital avait fonctionné, dont ses fondateurs l’avaient conçu et la manière dont la communauté religieuses féminine qui avait vécu là avait pensé, réfléchi, vécu sa façon d’accueillir les pauvres, les mendiants, les éclopés, les infirmes, les sans-abri, les pèlerins de passage. C’était l’occasion de se replonger dans le contexte et dans la vie du XVIème-XVIIème siècle et d’intégrer dans le scénario toute une série d’ éléments philosophies, scientifiques et historiques : évolution des connaissances scientifiques et architecturales, évolution de la religion, apparition du protestantisme, le lien entre charité chrétienne et vie de l’hôpital, la manière d’accueillir le pauvre malade selon qu’il était croyant ou non, le lien entre religion et médecine, la manière dont les épidémies étaient perçues et dont on envisageait la contagion…
Un autre challenge fut le financement, bien entendu. Il fallait à la fois payer Etienne Schreder pour son travail de scénariste et dessinateur ainsi qu’au terme de son travail d’auteur l’impression de la bande dessinée (une édition en français et une édition en néerlandais). C’est là que le travail avec Promethea a été intéressant et déterminant : nous sommes parvenus à réunir les montants nécessaires en répartissant ce financement sur deux années budgétaires. Outre notre financement propre lié aux Amis de l’Hôpital, nous avons bénéficié d’aides au niveau du monde de l’entreprise.